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Alertes à la bombe répétées à Glendon: «Ça me désole»

TORONTO – Le campus bilingue de Glendon, à Toronto, fait face à une situation hors de l’ordinaire: en l’espace de quelques mois, l’établissement universitaire a fait l’objet d’une dizaine d’alertes à la bombe. Même s’il s’agit de canulars, l’image de l’établissement pourrait en prendre un coup, craint son principal, Donald Ipperciel, qui prend la parole publiquement pour tenter de rassurer.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«C’est dommage, car ce n’est tellement pas nous. Nous avons un campus tellement inclusif et accueillant. Mais qu’est-ce que les gens vont retenir? Le graffiti qu’un idiot a écrit sur le mur d’une toilette. Ça me désole», lance Donald Ipperciel, quelques heures après le tout dernier incident du genre, le lundi 23 octobre.

À chaque fois, l’alerte est déclenchée pour la même raison: la découverte d’un graffiti haineux et menaçant dans la salle de bain pour hommes du Centre d’excellence, le plus récent pavillon de Glendon. Le graffiti est toujours au même endroit et vise soit la communauté juive ou les personnes de races noires. Le mot «bombe» est aussi inscrit à proximité, selon ce qu’a fait savoir le principal Ipperciel.

La salle de bain où les graffitis haineux sont laissés par une personne recherchée par les autorités. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Au total, huit alertes à la bombe ont eu lieu en mars et en avril dernier, en plus du récent événement d’octobre. «C’est toujours la même toilette. Cette personne a une fixation. Il faut dire que c’est l’endroit parfait pour faire ce genre de crime: jamais il n’y aura de caméras dans les toilettes», souligne M. Ipperciel.

 

Une «arme redoutable»

La personne responsable de tout ce brouhaha semble réaliser l’impact qu’elle peut avoir avec un simple graffiti, observe le principal Ipperciel. «Elle a une arme redoutable: elle écrit un truc dans les toilettes et elle fait évacuer tout un campus. Mais personne ne veut prendre de chance et on vérifie. En même temps, cela montre qu’on prend cela au sérieux», dit-il.

Glendon est parfois qualifié de «phare de la francophonie à Toronto». L’établissement affilié à l’Université York offre des programmes bilingues, compte un corps professoral majoritairement francophone et une part importante des 2 700 étudiants de l’institution sont francophones.

Donald Ipperciel craint l’impact sur les perceptions, mais assure que sur le fond, le campus est sécuritaire.


«Je ne suis pas inquiet. Ça s’est produit trop souvent et on voit un pattern. On n’est pas sur la rue Yonge! Ici, il ne se passe rien!» – Donald Ipperciel


«Quand les gens voient que c’est un graffiti dans une toilette qui provoque cette réaction, ils voient qu’on prend cela au sérieux, ça montre qu’on est sécuritaire», ajoute-t-il.

 

Une avalanche de nouvelles mesures

La quiétude du petit campus bilingue de Glendon ne semblait pas dérangée par les événements du début de semaine, lors du passage d’#ONfr. Des étudiants rencontrés affirmaient qu’ils se sont «malheureusement un peu habitués à la situation». D’autres jugent qu’il s’agit simplement de coups d’éclat d’un plaisantin qui tente «d’éviter de faire ses examens de mi-session».

Si une certaine apathie s’est emparée d’une partie de la communauté étudiante, les responsables de la sécurité posent des gestes. Ils ont pris toute l’ampleur des lacunes en matière de sécurité sur le campus grâce aux alertes.

Prochainement, une batterie de nouvelles caméras de sécurité sera installée, tout comme des écrans et des haut-parleurs pour diffuser des alertes à la communauté étudiante. L’absence de tels outils pour informer la communauté étudiante a été dénoncée, cette semaine, sur les réseaux sociaux.

Les événements ont aussi provoqué un éveil supplémentaire, celui-là au sujet de la nécessité de promouvoir encore davantage l’inclusion et la diversité. Un comité sur l’inclusion a été mis sur pied et doit déposer un rapport cet hiver, selon une lettre envoyée à la communauté étudiante cette semaine et obtenue par #ONfr. Des ateliers sur les droits de la personne et l’équité sont aussi offerts sur le campus et des formations supplémentaires sont proposées à ce sujet aux leaders étudiants. De l’aide psychologique est aussi accessible sur le campus pour les étudiants qui peuvent être perturbés par les événements.


«Nous condamnons sans hésitation et avec force l’antisémitisme. Toute forme d’expression antisémite et autres formes de haine sont inacceptables. Il s’agit d’un affront aux valeurs de respect et d’inclusion qui sont le fondement même de notre Université, et ne seront pas tolérées sur nos campus» – Université York


Une campagne émanant de la communauté étudiante a aussi vu le jour. Elle tente de vanter le campus et son ouverture à la diversité. «Ils n’ont pas laissé à une personne le pouvoir de les redéfinir», se réjouit le principal Ipperciel.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.